CHEVALJAK - Le site perso de Jacques Chevalier
Abstinence alcoolique
 
Je suis alcoolique, j'ai bu de l'alcool depuis l'âge de 17 ans, en 1988 j'ai pris conscience de mon alcoolisme et j'ai demandé à mon médecin de famille de me prescrire de l'Antabuse pour me forcer chimiquement à arrêter de boire, cela n'a pas été vraiment concluant et je me suis remis à boire en alternance avec des périodes de sobriété forcée avec ce médicament couplé à des anxiolythiques .
Sans m'en apercevoir je me suis démoli le système cardio-vasculaire. En 1994, je suis arrivé aux Alcooliques Anonymes et j'ai stoppé la prise d'alcool durant 6 mois sans médicaments. Suite à un problème familial, j'ai recommencé à boire.
En 1998, j'ai été "opéré" du coeur afin de remettre celui-ci en rythme (défibrillation sous anesthésie en hôpital), cela n'a pas marché et depuis je suis traité via le Sintrom et d'autres médicaments afin d'éviter le risque de thrombose, j'ai donc arrêté de boire jusqu'en 2001 et repris mon alcoolisme "en dents de scie" jusque ce 5 février 2007 où j'ai rejoint les réunions des AA.
Depuis je ne bois plus et je me sens bien, même si je continue à prendre mes médicaments pour le coeur. Je n'ai plus l'envie de boire. Je suis donc alcoolique abstinent, et sais que ma maladie est incurable et qu'à tout moment le processus peut repartir aussi j'applique un jour à la fois la première étape du programme de redressement des AA  :
"Aujourd'hui je ne prendrai pas le premier verre car celui-ci me conduira à retourner dans l'enfer de la maladie alcoolique".
Depuis quelques années je ne fréquente plus les réunions AA parce que trop souvent j'en suis sorti mal dans ma peau les derniers temps. Autant je pense que les groupes AA sont nécessaires pour trouver et cadrer son abstinence autant je me dis que trop y être est lassant et même dangereux pour soi-même. Je sais en tous cas que je puis compter sur les membres de ce mouvement si un jour je viens à faillir à mon engagement ou être tenté de le faire.
Si je peux donner un conseil aux personnes qui désirent arrêter de boire et qui, malheureusement échouent dans leurs tentatives, c'est de rejoindre au plus vite un groupe AA ou Vie Libre, rencontrer ses semblables, confronter leurs expériences aux vôtres, vous apercevoir que vous n'êtes ni un "coupable"ni "un cas irrécupérable". Il vous faut donner de la force à votre désir d'arrêter de boire, bien vous dire que l'alcool est un POISON et que vous refusez de vous SUICIDER avec lui.
On ne boit pas moins pour arrêter de boire, seul l'arrêt total de prise de boisson alcoolisée enraye le mécanisme de l'accoutumance.
On conseille d'habitude boire beaucoup d'eau au moment de l'arrêt, les premiers jours surtout. Je puis vous conseiller de boire en plus d'autres breuvages comme des jus de fruits, du Tonic, du coca dans la version qui vous goûte et bien sûr pas mélangé à de l'alcool ! Buvez en mâchant chaque gorgée que vous ingurgitez, Essayez aussi de vous remettre à manger un max de légumes cuits ou crus et de ne pas sauter vos repas. Et tant pis pour les kilos et tous les régimes du monde, l'essentiel pour vous dans un moment pareil n'est pas de maigrir mais de stopper l'envie de boire et vous en êtes capable !
24 h à la fois et pas de plans sur la comète vous rappelant vos "promesses d'ivrogne", et si c'est trop dur, trop long ces 24 h à la fois au début, dites-vous que vous voulez tenir une heure, une demi-heure... quand le besoin d'alcool vous tenaille. Faites-vous aider par vos proches, par les AA, par votre médecin, et félicitez-vous vous-même à chaque étape décidée et gagnée par vous-même ! Ne croyez pas que seul(e) vous pourrez y arriver, n'hésitez pas à franchir la porte des réunions AA et Vie Libre.
 
Je relis ce texte le 30 mars 2012, cela fait presque 5 ans et deux mois que j'ai arrêté de boire de l'alcool et j'en suis très fier et satisfait. Il m'arrive encore parfois d'avoir "soif" et même d'encore avoir "le goût" en bouche de l'amertume de la bière. Cette maladie est tenace et est, comme les scouts, toujours prête ! Prenons garde !

Je relis ce texte le 1O septembre 2013, cela fait 6 ans et sept mois et demi que je suis abstinent, l'alcool ne me manque pas, il y en a à la maison (de la bière) pour les visiteurs occasionnels, je n'en n'ai aucune envie.

Je relis ce texte le 19 novembre 2014, cela fait beaucoup plus que sept ans que j'ai rompu avec l'alcool, il m'arrive encore de rêver que je bois de la Rochefort et au matin j'ai son âcreté en bouche, vite se laver les dents ! J'avais déjà écrit cela en mars 2012 et si je vis encore, probable qu'en 2016 çà me revienne encore... Foutue maladie incurable !

 
Pour les personnes que cela intéresse j'ai créé début septembre 2012 ce forum pour Alcooliques francophones, cliquez sur :
 
 
Vous y découvrirez plein d'adresses, de liens, d'infos pour vous aider si vous êtes au creux de la vague, pour pous aider à tenir le coup, pour vous aider aussi vous qui êtes proche d'un(e) alcoolique.


Le 11 octobre 2013 Thomas, un étudiant de 2O ans à Louvain-la-Neuve y a perdu la vie dans une chute de 6 mètres provoquée par un abus d'alcool, mis sur le compte des baptèmes et autres traditions estudiantines dans cette ville universitaire. 

C'était aussi le soir du match Croatie-Belgique et une énorme beuverie nationale au grand bonheur de Jupiler, premier sponsor des Diables Rouges. 

Les parents de ce jeune homme ont écrit une lettre ouverte que je vous invite à lire, quand j'en ai pris connaissance je me suis dit que cette lettre étant publique je pouvais me permettre de la publier ici, je vous la présente donc :

« Aujourd’hui vendredi 11 octobre 2013, mon fils Thomas, 20 ans, est mort. Si je m’adresse à vous, tous les jeunes et étudiants de Belgique et d’ailleurs, c’est pour lancer un grand cri. Un grand cri de tristesse et d’indignation.
Thomas est mort en tombant d’un pont à Louvain-La-Neuve, il a fait une chute de 6 mètres qui lui a été fatale. Pourquoi je m’indigne ? Pourquoi j’hurle ma douleur et m’adresse à vous, les étudiants ? Tout simplement car Thomas avait fait la fête, avec ses potes, comme tous les étudiants en fait, surtout maintenant en période de baptêmes estudiantins. Thomas avait trop bu, comme tous les copains. La guindaille, vous connaissez ? Les soirées beuveries dans les cercles étudiants et les kots, ça vous dit quelque chose ? Les soirées à « jusqu’à plus soif » quand les copains restés sobres essayent de vous convaincre de ne pas prendre la route et d’aller vous coucher ? Vous voyez ce que je veux dire ? Vous avez déjà vécu cela, par vous-même ou vos amis ?
Il est grand temps de s’indigner contre l’excès d’alcool dans les soirées estudiantines. L’alcool tue, la preuve. Alors oui, c’est vrai qu’il y a un mort pour 100.000 bitures… C’est peu en fait me direz-vous, mais quand c’est un jeune de 20 ans et que c’est votre fils, cela vous paraît inacceptable, révoltant, injuste. Thomas était un garçon formidable, gentil, honnête, studieux (il venait de rentrer en 3º année d’ingénieur de gestion à l’UCL), il aimait la vie, était heureux, bien dans sa peau, il avait plein de copains et une charmante petite amie depuis deux ans. Thomas n’avait pas de problèmes d’alcool, ce n’était pas un alcoolique. Non, il buvait dans les soirées d’unif, de la bière comme tout le monde. Car dans le milieu estudiantin, « si tu ne bois pas, t’es pas vraiment dans le coup, dans l’ambiance ». Les tournées de verres de boissons alcoolisées envahissent les tables, les pompes à bières débitent jusque tard dans la nuit…
Si je m’adresse à vous aujourd’hui, vous qui faites la fête dans les unifs et les écoles supérieures, vous qui avez 20 ans et qui vous croyez indestructibles, vous qui ce soir, demain, la semaine prochaine boirez chopes sur chopes pour « faire la fête », au point de ne plus tenir debout, indignez-vous et dites NON à l’alcool. Si vous ne le faites pas pour Thomas que vous ne connaissiez pas, faites le pour vous, pour vos parents, pour vos amis.
Dans quelques jours ce seront les 24h vélo de Louvain-la-Neuve. Et tout cela recommencera. Les beuveries, les guindailles, les excès en tous genres. Que veut-on ? D’autres étudiants morts ? Il y aura des « morts-bourrés »et peut-être aussi des morts tout court, des vrais. Toi ? Ton copain ? Ton frère ?
Toi, étudiant aujourd’hui, qui te prépares à bientôt faire la fête, mobilise-toi pour que cela cesse. Vous les jeunes avez aujourd’hui les réseaux sociaux pour vous mobiliser, vous avez la parole, pour vous indigner. Utilisez Facebook, Twitter et les autres pour réfléchir à la manière de consommer de l’alcool dans les soirées estudiantines. Et pas que là d’ailleurs : les clubs sportifs, les mouvements de jeunesse, les soirées en tous genres sont autant d’endroits où faire la fête rime trop souvent avec soulographie.
Vous êtes jeunes, c’est normal que vous vouliez faire la fête, mais pour Thomas la fête est finie, à tout jamais.
Etudiant, si tu lis ce message, parles-en avec tes amis. Parents, si vous lisez ceci, parlez en en famille avec vos enfants, tant qu’il est encore temps. Pour moi, c’est maintenant trop tard.
Jeunes de toutes origines, mobilisez-vous contre l’excès d’alcool dans les soirées. Parlez-en autour de vous, imaginez des guindailles et des sorties d’un genre nouveau, où la pompe à bière ne conditionne pas le succès de la soirée. Prévoyez un BOB, laissez vos clés au vestiaire, et limitez l’alcool à tout prix, car vient tôt ou tard un moment où vous n’êtes plus vraiment maître de vous-mêmes.
Etudiants, indignez-vous de ce qui vient d’arriver à un chic type de 20 ans du Brabant Wallon et mettez tout en oeuvre pour que cela ne vous arrive pas, ni à vos amis. faites que Thomas ne soit pas mort pour rien.

André et Catherine Dusausoy, le papa et la maman de Thomas »

HUIT ANS AUJOURD'HUI ET TOUJOURS PAS GUERI
Ecrit ce 5 février 2015 sur ma page Facebook :
Un jour à la fois, c'est une victoire à petite échelle, une victoire fêtée le matin, au réveil, "hier je n'ai pas bu et ce jour-ci je m'engage à ne pas boire", du moins à tout faire pour vaincre les tentations, pour résister au cafard, à l'ennui, aux frustrations, à la monotonie, à la tristesse, au ressentiment, à la jalousie, à l'envie, à toutes ces petites choses de la vie qui vous conduisent à reprendre vos sinistres habitudes, vos remèdes à la mords-moi le noeud, vos solutions radicales.
 5 février 2007, c'est un lundi... Le week-end fut encore bien arrosé, début de mois, la bière est Trappiste et le pinard en bouteilles de 75 cl qu'on débouche au tire-bouchon (plus tard dans le mois c'est un bouchon à dévisser ou une bière pour SDF). Ce lundi-là comme bien d'autres, le bureau ne me verra pas, non : pas malade, un jour de congé... les lundis malades c'est quand on a épuisé ses jours de l'année. Congé pour tenter de tenir le jour charnière celui d'avec le matin et sans le matin suivant, celui du pendant très difficile et tourmenté. Résister jusqu'au soir car décidé à retourner aux AA. Aller chez Michèle en fin d'aprèm', faire avec elle notre chemin de Compostelle, du Boulevard d'Avroy au Chalet des Pensionnés dans un jardin caché au coeur de Djud'la (Outremeuse). Me laisser conduire par elle par la main, elle qui, sept ans plus tôt, via d'autres AA, à Paris a cessé l'alcool... Elle qui se sent aussi faible que moi maintenant car les années ne guérissent pas la maladie, elle le sait. Pas grand monde à cette réunion, deux hommes plus âgés que nous, un qui ne boit plus depuis une douzaine d'années mais qui fume pius qu'une cheminée de Cockerill d'avant Mittal, l'autre qui nous dit que cela fait des années qu'il essaye d'arrêter sans vraiment y arriver, que "ce qui compte c'est de vouloir arrêter de boire". "Vouloir arrêter de boire", c'est ce qui me taraude depuis 1988 quand je me suis dit que j'étais probablement alcoolique et que j'ai demandé à ma doctoresse de l'époque une ordonnance d'antabuse, l'arme la plus efficace contre l'alcoolisme (même si certains ont la capacité d'y résister) et cela marcha. Cela pe permit des années durant de surfer entre les périodes avec et les périodes sans, avec plusieurs problèmes de santé, indirects, colatéraux comme on dit dans les guerres  En six ans ce cocktail explosif m'a mis mon coeur à moule et je suis allé en 94 la première fois, à Angleur, aux AA. 57 jours de résistance et puis un stuut familial et rebelotte... Reparti sans antabuse vers l'alcoolisme en dents de scie. Cela scie effectivement la branche sur laquelle on végète... En 98, cette tentative de remise en bonne marche de mon coeur en arythmie permanente, sans succès mais avec prise d'un cocktail médicamenteux obligatoire (pas cher heureusement) ad vitam... Pas que j'oublie de le prendre ce matin d'autant plus avec le nouveau pour le diabète qu'on peut pas sauter ne fut-ce qu'un jour... Les problèmes de l'alcool c'est pas rien que la santé pour soi-même, le moral pour soi-même, c'est aussi et surtout ne pas voir ses enfants grandir, ne pas être ne fut-ce que présents avec eux, ne pas les entendre à force de ne pas les écouter en se renfermant sur soi tel le centre du monde. C'est aussi la (ou les) compagne(s) qui comprennent, qui aident, qui s'impliquent, qui - peu à peu - étouffent et vont voir ailleurs, avec raison. L'alcoolisme c'est aussi se retrouver seul au milieu des gens, plus d'ami(e)s sur qui compter et à pouvoir soutenir, qui voudrait d'une épave en perdition pour se sauver d'un naufrage ? C'est aussi se tromper dans ses choix, faire un melting-pot de ses idées, tenter de les imposer et ne jamais les poursuivre dans une suite qui eut pu être au moins logique, c'est tout et n'importe quoi, un bouquet final de feu d'artifice et puis rien que la nuit noire qui nuit. Huit ans que j'ai arrêté de boire, comme je le dis chaque année c'est pour moi "l'anniversaire qui compte", je ne le fête que sur le net, même si un jour, peut-être je me pointerai ce jour-là à une réunion des AA avec deux tartes à partager avec le café déca à la pause fumeurs, j'attendrai un cap plus important. De toutes manières la plupart des amis qui fréquentèrent avec moi le chalet en 2007-2008 sont dans un autre monde, à commencer par Michèle et le local, lui-même, n'est plus pour les AA. Bon je vais faire le tour des popotes et papotes on line, je vais revenir ici pour lire vos commentaires, pour tailler une bavette sur le sujet, je vais un peu aussi revisiter le forum que j'ai créé et dont vous trouverez les références dans mes commentaires.  Je sais cela fait un peu "auto-satisfaction", "brosse à reluire", "modeste et pompon" comme texte. Je ne le vis pas ainsi pourtant, pour moi qui suis sur internet au quotidien, cet article est comme une balise utile dans ma progression sur l'océan où j'ai bien failli me noyer et dans lequel, comme tout le monde, je finirai par être englouti et j'espère bien pouvoir encore en mettre de ces balises, de ces jalons et qu'ils servent tant à moi qu'à d'autres, tant en AA qu'ailleurs. Qu'ils aident à donner du peps à celles et ceux qui veulent aussi arrêter de boire pour de vrai, idem pour le tabac mais cela je vous en reparlerai le 1er mai, autre anniversaire important pour mes poumons.

Février 2016, neuf années déjà et toujours en résistance avec parfois ces rêves de Trappiste de Rochefort à une terrasse l'été et au réveil son goût un peu âcre dans le gosier... C'est une saloperie de maladie l'alcoolisme, malgré l'abstinence on n'en guérit pas. Il faut toujours être en veille !
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